Une autre perception ouvre ce monde enfin :
Celle d’une mort sûre insérée dans la vie
Qui s’écoule dans l’âme et tressaute, à l’envi,
Sur les songes glacés fondus par les venins —
Une nature exquise enroulée de spirales
Mordant les animaux ; des fleurs dans des bouquets
Immenses, pleins d’échos, de cris durs et épais
Exhalés par la sylve touffue : tout fait mal
En ce monde parfait ; vivre blesse d’épines
Et chaque vie : un rien. On dirait un serment
Sans prophète — on le sait : la vie est l’accident
D’un hasard organique accouché sans racine !
L’homme rigole ainsi de sa sotte faiblesse
D’avoir levé ses pas et établi des plans,
Un grand rêve éveillé ! pour mieux vivre, et longtemps
Sur cette terre haïe qui tiendra sa promesse !
Mais le secret est là : pour un instant, pour une
Parenthèse, même effacée ; un souffle, un grain
Qui se balance au vent d’un océan sans fin,
Pour un songe lucide, un regard, un aveu ;
Pour cette herbe mouillée qui caresse le dos,
Un baiser, un sourire, une tendresse amie —
Pour ces instants de rien qui grandissent la vie,
Donnez-moi, donnez-moi encore ce cadeau.