tempo

la fumée statique dans l’appartement blond, caniculaire, un nuage immobile arrêté dans sa danse. fixité de l’instant. robe poudrée de rose. émanation légère, vacillante. le mouvement se lasse et cogite dans la pièce, cogite et agite des parcelles internes — finesses embrumées doucement invisibles que l’on dirait statiques, mais quelque chose se passe

(l’illusion se dissipe, l’œil se ferme pour laisser s’ouvrir le sens qui perçoit les vraies choses. le sens se détend et pénètre la source. la vapeur se condense, puis se dénoue, et s’inverse en son sens. la pièce semble délicatement dangereuse à laisser planer la mousse étourdie, subtilement perceptible.)

dans la lumière tamisée, les corps se décomposent ; les ronds enroulés deviennent spirales, tourbillons, se touchent à deux-trois pour dessiner des anneaux, comme s’ils ne se suffisent pas d’être eux seuls. Pudiques, d’autres ne font que se frôler dans la roseur crépusculaire. Les corps fondus n’en forment qu’un, et tout s’accorde à dire que le corps est un mal, qu’il cherche à se faire vie en se désunissant de l’esprit, fumée expulsée des cendres. Que le corps se déplie, désaccordant puis raccordant ses membres, pour le jeu cynique de s’articuler.

Le corps est un malaise rond qui se transforme en ligne.

Déroulée, presque lascive allongée en apesanteur, offerte à tout : qui prend conscience d’elle, et ses vœux, et se veut — animée, volontaire, incisive ; une ligne élevée vers le ciel, sans orgueil, dépassant le plafond, sa gravité tendue.

Mouvance silencieuse et indocile : la fumée se devine, la danse reste toujours imperceptible à l’œil ouvert. Le sens se fait pointu pour conserver les formes balancées. Dans l’appartement bleui, pendant que les cendres posées se défont, des traces nouvelles de fumée montent, s’ajoutant et créant d’autres formes vivantes.

le corps parle, raconte

souffre

et cherche cet équilibre après s’être fait vivre dans la violence sourde de l’oubli

le corps se dépossède pour s’entendre

et les fragments mêlés ou désunis s’arquent pour reconnaître cette courbe sacrée

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