Je ne devrais même pas être là, à écrire ces paroles évidentes.
Aujourd’hui, l’Amazonie explose car elle a trop souffert ; si le poumon brûle, c’est que, déjà, le corps était blessé. Le feu dit maintenant que les blessures n’ont pas été soignées.
Les flammes ressemblent à des couteaux qui transpercent une chair, la chair de la forêt, qui est aussi la mienne et la tienne, et chaque fois que ces lames de feu passent sur un tronc, une fleur, une plante, une graine avant qu’elle ne germe, c’est ma peau qui se flétrit un peu plus, mes muscles qui se tordent, ma chair qui se tasse sur elle. C’est mon être qui meurt ; et dans cette progression, il observe la trahison des hommes s’élever contre le cadeau sacré de la Vie : la Nature.
Lorsque je lève la tête, je vois le ciel et le soleil, qui me rappellent que chaque instant en ce monde est simple et merveilleux, que dans notre univers, il existe des courbes vastes tachetées de lumières et d’inspirations, qui se déroulent là rien que pour nous accueillir. Je me rappelle que les oiseaux ont des regards célestes et des cous nuageux. Que la montagne neige car elle reçoit leur plume. Que le volcan fait jaillir sa lave quand les animaux qui l’entourent ont des froids dans les pattes. Qu’une pluie qui coule n’est qu’un esprit ému. Que la cime des arbres peut grandir jusqu’au ciel, et les créatures vivantes y grimper, y grimper.
Nous oublions les choses simples — nous oublions comment vivre.
Hier, j’ai enlacé cet arbre, et c’était si naturel et si doux que je me suis souvenu de tout cela. C’est lui qui m’a soufflé ces choses par sa respiration ; et je l’ai écoutée. Je me suis souvenu de tous ces fluides qui raccordent les êtres, ces fluides qui passent dans les airs et touchent chaque vivant, sans chimie aucune : juste une âme ouverte. Ce fluide échappé de la nature, c’est une tendresse universelle qui part de la Terre Mère pour s’enfouir dans les hommes ; pour que nous nous rappelions que nous sommes tissés à la Terre et que nous formons un grand dessin, une toile d’amour ! Et chaque être vivant peut ouvrir cette voie en lui — celle d’une connexion permise avec les éléments de la nature.
Il faut se souvenir de nos vie primitives, où le lien entre la nature et nous était si intense et si pur que nous ne cohabitions pas avec elle : mais nous vivions en elle — et ce chemin de vies véritables et sacrées, nous avons la force de le trouver, en écoutant chaque parole des arbres, en sentant le déploiement de chacune de leur branche, en touchant l’écorce pour comprendre toutes ses vies, en rentrant au-dedans de nous-même, en respectant chaque racine —
j’embrasse la feuille qui me révèle ma propre existence, liée, délacée et éternellement connectée à l’arbre, source de vie, puits d’amour
je célèbre le grain qui exhume tous les parfums oubliés, qui les réveille et les éjecte hors des profondeurs du sol qui condense les veines-racines en un seul et même cœur
j’honore la pensée vivante de chaque élément de vie qui traverse la nature et murmure palabres.